Langage/Chaos. Une antinomie. Le langage découpe la matière du monde, en arrache les concepts et les choses. La cosmogonie, le récit d’un[...]

Cosmogonie

Langage/Chaos. Une antinomie. Le langage découpe la matière du monde, en arrache les concepts et les choses. Lorsqu’en haut le ciel n’était pas encore nommé... Dieu dit : que la lumière soit. Paroles de la Torah et de son ancêtre babylonien, Enuma Elish. La cosmogonie, le récit d’un équarrissage méthodique, une savante chirurgie du langage nommée ensuite monde ordonné, cosmos. On découpe le corps du monstre primordial, en petits morceaux. La cosmogonie, les premiers meurtres, et comment de la mort jaillit Cosmos.
La Torah, le Livre, prend forme d’un grand rouleau où l’on couche à la main le récit sacré. Un long fil continu des temps de création. Et Enuma Elish, parole magique que l’on répète à chaque nouvelle année pour réactualiser le monde, le ramener dans le temps mythique, circulaire, au plus près des dieux assassins.
Tracer à son tour le récit d’une mythopoièse intime et chaotique. Avec une patience de scribe, s’atteler face au rouleau sans fin et le couvrir, trait par trait, du récit mental immédiat et ancestral. Une main, deux mains pour écrire. Laisser remonter une pensée première. Maïeutique. Dire les textes anciens pour s’y perdre. Tisser, trouver les liens entre les choses. Et ces instants accumulés, agrégés, qui constituent l’esprit... en garder le souvenir. Des micros conservent les paroles déconstruites, et le grattement du métal sur le papier. Dans un petit carnet, garder aussi le temps. Les heures passées à ce laborieux exercice, ce temps déjà créé, noirci, qui se heurte sans désespoir au blanc écrasant des temps encore à venir et revenir.
<
>